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Georges Robatel, Naturopathe à Issy-les-Moulineaux et Paris

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Manger bio réduit-il les risques de cancers ?

Partage de l’article de Pour la Science du 16/11/2018

Peu de données existent sur sujet et bien que le lien semble intuitif il est fort utile de l’objectiver… En l’occurrence, la santé est la conséquence d’une multitude de facteurs, génétiques, comportementaux et environnementaux et c’est là la difficulté du problème. Du point de vue du naturopathe, manger bio est l’une (mais pas la seule) des bases de notre approche de prévention santé.

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Les aliments issus de l’agriculture biologique sont-ils meilleurs pour la santé ? Les données solides manquent pour étayer cette affirmation, mais une récente étude va dans ce sens. Une de ses auteurs, Julia Baudry, revient sur la portée et les limites de ces résultats.

Vos travaux examinent le lien entre la consommation d’aliments bio et le risque de cancer. Ce lien avait-il déjà été étudié ?

Concernant le lien direct entre cancer et consommation de produits bio, il n’existait qu’une étude d’une équipe anglaise, menée en 2014 auprès de 600 000 femmes sur une durée de 9 ans, donc de grande puissance statistique. Cette étude n’a pas noté d’association significative entre la consommation d’aliments bio et le risque de cancer, tous types confondus. Néanmoins, elle a pointé une diminution du risque de lymphome non hodgkinien chez les femmes déclarant consommer plus fréquemment du bio.

Qu’en est-il de votre étude ?

Notre analyse a porté sur un échantillon d’environ 70 000 personnes (78 % de femmes, âge moyen 44 ans) de la cohorte française NutriNet-Santé sur une durée d’environ 4,5 ans. Nous avons utilisé une mesure de la consommation de produits bio plus fine que l’étude anglaise, bien que non quantitative. Les participants renseignaient l’étude via un questionnaire de fréquence de consommation (« jamais », « de temps en temps », « la plupart du temps ») pour 16 groupes alimentaires (fruits, légumes, produits à base de soja, etc.). Nous avons ensuite divisé la population en 4 groupes de taille égale selon leur consommation de produits bio.

L’une des difficultés d’une telle étude est que ceux qui mangent des produits bio ont aussi, en moyenne, des comportements plus sains, un régime alimentaire plus équilibré et fument moins que les autres. Lors de nos analyses, nous avons pris en compte ces facteurs dits de confusion, qui tendent à brouiller les résultats. Pour ce faire, nous avons utilisé des modèles statistiques spécifiques qui réduisent au maximum tous ces biais, par divers ajustements. Nous avons ainsi comparé les risques d’apparition de cancers chez les petits consommateurs de bio et les gros, toutes choses étant égales par ailleurs.

Et quels sont les résultats ?

Nous avons constaté que les individus qui déclarent consommer le plus souvent des aliments bio ont un risque de développer un cancer inférieur de 25 % par rapport aux non-consommateurs ou aux consommateurs épisodiques de produits bio. Cette association est particulièrement forte pour le cancer du sein postménopause, avec une réduction du risque de 34 %, et le lymphome non hodgkinien, avec une réduction de 75 %.

Que peut-on en conclure ?

Nous avons envisagé plusieurs hypothèses pour expliquer ces résultats. La principale résiderait dans le fait que les produits bio présentent bien moins de résidus de pesticides de synthèse que leurs homologues de l’agriculture classique. Mais bien que divers indices soutiennent cette piste, notre étude ne démontre pas ce lien. Il est important de souligner que celle-ci est observationnelle et que, malgré ces premiers résultats importants, il faut être prudent quant à leurs interprétations et leurs implications. Nous n’avons pas démontré un lien de cause à effet, mais seulement constaté une association entre la consommation d’aliments bio et un risque réduit de cancer.

En outre, il n’existe que deux études sur le sujet, en comptant la nôtre, ce qui est très peu. D’autres travaux épidémiologiques sur d’autres populations sont nécessaires. C’est sur la base de la convergence des résultats d’études observationnelles couplées à des approches expérimentales qu’il sera possible de tendre vers la causalité et d’émettre des recommandations.

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