06 12 04 99 76

Georges Robatel, Naturopathe Paris

Top

Lien entre le microbiote intestinal et l’allergie

L’allergie est considérée par l’OMS comme la 4ème maladie dans le monde

« Viens à la maison y’a le printemps qui chante
Viens à la maison tous les oiseaux t’attendent
Les pommiers sont en fleurs, ils berceront ton coeur
Toi qui es tout en pleurs, ne reste pas dans la ville… »

Qui ne connait pas ce refrain entraînant de Claude François célébrant dans cette chanson les bienfaits de la Nature et de la campagne ? En tant que naturopathe, difficile de ne pas être d’accord, tant la reconnexion à la Nature permet de s’évader, de diminuer son stress et de se ressourcer. Cependant avec ce début d’année marqué par le coronavirus, la plupart d’entre nous a été privé de nature et comme a si bien parodié l’humoriste Yann Lambiel, on a plutôt chanté « Reste à la maison… » ! Mais avec la levée progressive du confinement, on va pouvoir à nouveau ressortir de notre « bocal » et aussi se rendre compte aussi que le printemps est bel et bien présent. Alors là se profilent deux cas de figures : certaines personnes vont en effet pouvoir s’émerveiller de leurs cinq sens, profiter des nouvelles senteurs et doux parfums, tandis que d’autres, allergiques et qui redoutent cette période vont se sentir « agressés » par cette renaissance de la nature, les impacts pouvant aller du simple désagrément jusqu’à des effets très sévères. Et malheureusement, il s’avère que ce sont les personnes de la 2ème catégorie qui sont de plus en plus nombreuses…

 En France, l’allergie est en hausse constante depuis près de 50 ans, passant d’environ 2-3% de la population en 1970 à 30% en 2010. Au niveau mondial, l’allergie est aujourd’hui considérée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme la 4ème maladie après le cancer, les pathologies cardiovasculaires et le sida ; l’OMS estime même qu’en 2050 la moitié de la population mondiale sera allergique. Pourquoi une telle augmentation ? La réponse à cette question n’est pas précisément connue, mais il est difficile de ne pas imaginer que notre mode de vie moderne avec ses changements majeurs n’en soit pas significativement responsable. Différentes hypothèses sont envisagées pour expliquer cette augmentation, notamment le réchauffement climatique (qui a pour effet d’allonger la période de pollinisation), les progrès de l’hygiène, l’usage de la vaccination, l’augmentation de la pollution. Une piste plus récente et particulièrement intéressante a été évoquée, il s’agit de la perturbation du microbiote intestinal comme nous allons le voir par la suite.

 

L’allergie correspond à une réaction anormale du système immunitaire

Quand on parle d’allergie en général, on ne parle pas uniquement d’allergie aux pollens. L’allergie comprend d’autres types d’allergènes que sont : les acariens (minuscules insectes cousins des araignées qui vivent dans nos moquettes et literies où ils se nourrissent de débris de peau ou de poils), les moisissures, les poils de nos animaux de compagnie (chat, chien etc.), les aliments (principalement : l’arachide, le lait de vache, les œufs de poule), les allergènes de contact (accessoires contenant du nickel ou du chrome, certains cosmétiques), les médicaments (surtout certains antibiotiques) ou encore les venins d’insectes (abeille, guêpe etc.). Mais quand vient le printemps, ce sont effectivement les pollens qui prennent une place prépondérante. Le pollen, correspond à la « poussière » volatile faite de grains minuscules produits par les étamines des fleurs et qui féconde les fleurs femelles. Les pollens en France les plus allergisants se retrouvent parmi les 3 catégories suivantes

  • Pollens de graminées : famille de plantes généralement herbacées sauvages ou cultivées comprenant notamment le blé, l’orge, l’avoine et le seigle ; leur pollinisation se fait majoritairement en mai et juin.
  • Pollens des arbres : le bouleau principalement dans la partie nord de la France et les cyprès, thuya, genévrier principalement dans le sud.
  • L’ambroisie à feuilles d’armoise, qui est une plante invasive originaire d’Amérique du nord.

Au quotidien, l’allergie peut avoir un impact majeur par ses nombreuses manifestations. Ainsi les démangeaisons au niveau du nez, de la bouche, des yeux, les crises d’éternuements, l’écoulement nasal, le nez bouché et parfois la respiration sifflante affectent notablement la qualité de vie. Les personnes allergiques peuvent éprouver de la fatigue, des difficultés à se concentrer, avoir leurs activités sociales limitées et aussi le sommeil perturbé. D’ailleurs, d’après un sondage IFOP1 auprès de personnes allergiques, pour 27% des sondés l’allergie détériore leur qualité de vie, pour 20% d’entre eux elle leur demande d’être vigilant au quotidien sur ce qu’il faut faire ou non et pour 61% leur entourage banalise leur maladie !

Au niveau biologique, l’allergie correspond à une réaction anormale du système immunitaire. Celui-ci a pour objectif en temps normal de repérer et détruire les éléments étrangers à notre organisme comme les virus, les parasites (exemple les vers), les bactéries ou les champignons. Quand un intrus pénètre, le système immunitaire produit des molécules spécialisées chargées de le reconnaître et de l’éliminer. Quand on est allergique, le système immunitaire produit une réaction excessive au contact de substances étrangères a-priori inoffensives, appelées « allergènes », un peu comme une perte de tolérance.

 

L’allergie aurait un lien avec le déséquilibre du microbiote intestinal

Or nous savons aujourd’hui que notre système immunitaire est fortement influencé par notre microbiote intestinal. Un rappel d’abord sur ce qu’est le microbiote intestinal. Appelé anciennement « flore intestinale », il s’agit de l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, champignons) qui sont abrités par notre tube digestif et dont le nombre est estimé à 100 000 milliards, soit environ 5 fois plus que le nombre de cellules qui constituent notre corps. On dit que ce microbiote vit en « symbiose » avec l’organisme car il joue de nombreux rôles au niveau physiologique, notamment dans la digestion, la synthèse de vitamines ou encore la régulation de l’humeur. Le microbiote serait impliqué dans de nombreuses maladies chroniques sans cesse en augmentation notamment l’obésité, le diabète, l’allergie, voire même l’anxiété, la dépression, l’autisme.

Concernant plus particulièrement l’allergie, les chercheurs ont mis en évidence que le microbiote joue un rôle essentiel dans la maturation du système immunitaire. D’après l’INRA2, tout commence à la naissance lors de la colonisation du tube digestif du bébé par les bactéries. Entre les micro-organismes et les toutes jeunes et naïves défenses du nouveau-né, s’établit un dialogue incessant. D’une part le système immunitaire apprend ainsi à reconnaître et différencier les bactéries et les protéines alimentaires à tolérer de celles à combattre mais d’autre part, il apprend aussi à graduer ses réactions. C’est grâce à cet entraînement intensif que l’on atteint un bon équilibre entre les différentes réponses immunitaires.

Mais un autre facteur d’ordre alimentaire cette fois rentre en compte dans l’allergie, car ce que nous mangeons agit aussi sur la composition du microbiote. En effet, l’une des fonctions du microbiote est de dégrader les fibres alimentaires que nos propres enzymes ne peuvent pas digérer. Ces fibres, qui correspondent aux parois des cellules des végétaux, représentent ainsi une véritable « nourriture » pour le microbiote. Or, toujours selon l’INRA, cette dégradation des fibres génère des acides gras à chaîne courte (AGCC) qui passent dans le sang et agissent sur le système immunitaire. Il en découlerait une protection contre le développement des allergies pulmonaires et alimentaires. Un microbiote altéré lié à une mauvaise alimentation entraînerait une moins bonne production d’AGCC et ainsi une moins bonne protection contre les allergies.

Une autre explication du lien entre le microbiote et la réaction allergique serait, selon des biologistes de l’INSERM, que la modification du microbiote entraînerait une augmentation de la perméabilité de la barrière intestinale. Normalement, la barrière intestinale est « intègre », ce qui lui permet de ne pas laisser passer les toxines (aliments incomplètement digérés, toxines bactériennes et alimentaires), qui sont alors éliminées par les urines et les selles. Quand la barrière intestinale laisse passer des choses qu’elle ne devrait pas, c’est-à-dire que sa perméabilité a augmenté, on parle alors de « porosité intestinale ». En l’occurrence, ce que ces chercheurs ont montré, dans le cadre de l’allergie cutanée3, que lorsque la barrière intestinale est « poreuse » alors certaines bactéries intestinales pourraient la franchir et migrer vers la rate et les ganglions, qui sont des organes clefs de l’immunité, ce qui aggraverait la sévérité de la réaction allergique.

 

Comment améliorer l’équilibre de son microbiote et agir sur l’allergie ?

L’allergie correspond à un dérèglement du système immunitaire qui va sur-réagir. Il y a de multiples facteurs, mais l’un d’entre eux est le lien étroit entre le système immunitaire et le microbiote intestinal. Chaque personne possède un microbiote qui lui est propre, qui dépend de sa génétique et de la façon dont il est né, mais aussi de son mode de vie. En effet, l’alimentation, la mauvaise digestion, la prise de médicaments (antibiotiques, IPP) ou encore le stress sont des facteurs qui ont un impact important sur l’équilibre du microbiote.

En particulier concernant l’alimentation, il faudrait arriver à prendre conscience qu’elle est fondamentale non seulement parce qu’elle est source de nutriments (vitamines, minéraux, acides aminés essentiels, acides gras essentiels) indispensables pour le métabolisme, message très largement diffusé aujourd’hui, mais aussi et peut-être surtout parce qu’elle a un impact fort sur le microbiote. Or la qualité de notre alimentation moderne est de moins en moins adaptée à notre physiologie. D’une part elle est appauvrie en fibres car elle soumise à de nombreux traitements qui en diminuent la teneur (par exemple, le processus de raffinage des céréales élimine 2/3 des fibres) ; et d’autre part, parce que les additifs y sont omniprésents (édulcorants pour remplacer le sucre, colorants, conservateurs etc.) et qu’ils pourraient aussi déséquilibrer le microbiote en créant de l’inflammation au niveau intestinal.

L’alimentation joue ainsi un rôle important dans le cadre de l’allergie, c’est pourquoi il est important de revenir à des choses plus saines et, d’une manière générale, à un mode de vie plus sain et adapté à soi-même car on est tous différents. C’est là que la naturopathie prend tout son sens car, par son approche globale de la personne, ses outils d’hygiène de vie majeurs tels que l’alimentation et la gestion du stress et l’individualisation de ses solutions, elle permet d’améliorer le terrain et d’améliorer la diversité du microbiote et de limiter l’allergie.

 

Georges Robatel

NB : pour pouvoir connaître le bulletin pollinique, c’est-à-dire le contenu de l’air en pollen, au cours de l’année et selon les espèces, vous pouvez aller sur le site : https://www.pollens.fr/

Sources

1 Etude réalisée du 7 février au 13 février 2019 par l’IFOP pour l’Association Asthme & Allergies auprès de la population française

2 Microbiote, la révolution intestinale – Dossier INRA

3 Décryptage du lien entre microbiote intestinal et allergie cutanée – Communiqué INSERM du 24 sep. 2018