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Georges Robatel, Naturopathe à Issy-les-Moulineaux et Paris

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Les psychobiotiques, ces bactéries du microbiote intestinal qui auraient un effet antidépresseur

Source : www.sciencesetavenir.fr – Camille Gaubert

Restaurer le microbiote de souris dépressives améliore leurs symptômes, montre une nouvelle étude. Certains probiotiques pourraient ainsi potentiellement agir comme antidépresseurs – sous réserve d’une efficacité suffisante, encore à démontrer.

Les « psychobiotiques », c’est-à-dire des bactéries capables de soigner certaines dépressions, seront peut-être un traitement prisé par les psychiatres dans un futur par si lointain. Chez la souris, l’état dépressif dû à un stress chronique est lié à un déséquilibre particulier du microbiote intestinal, d’après des résultats de l’Institut Pasteur à Paris. En restaurant la flore bactérienne des animaux, les chercheurs ont réussi à les soigner, d’après une publication dans Nature Communications. Il restera cependant, outre les études sur l’humain, à confirmer l’efficacité de ces traitement par rapport à celle, prouvée, des antidépresseurs.

Le microbiote agit sur l’humeur

Les millions de bactéries peuplant notre tube digestif affectent de nombreux processus, comme l’immunité, le métabolisme et notre cerveau. Il influe même sur nos humeurs, plusieurs études sur l’animal ayant montré que le microbiote module l’anxiété et l’apparition de maladies neurologiques. Les mécanismes précis reliant le microbiote intestinal et les troubles de l’humeur restent largement inconnus, bien que l’on suspecte certaines molécules produites par les bactéries.

La dépression est transplantée avec le microbiote

Pour explorer ce lien à sa racine, les chercheurs de l’Institut Pasteur ont observé des souris génétiquement modifiées pour souffrir de stress chronique, et qui sont utilisées comme des modèles animaux de la dépression. Pour isoler l’effet de leur microbiote, ils ont transplanté les déjections d’une souris dépressive dans les intestins d’une souris saine – par une technique qu’on nomme transplantation fécale. Les souris saines ont alors changé de comportement. « Nous avons découvert que la transplantation de microbiote transmet les symptômes de comportement dépressif« , commentent, surpris, les chercheurs dans la publication.

Un effet sur le cerveau

En y regardant de plus près, ils observent que les souris receveuses ont développé un déficit en certains acides gras, entraînant une baisse d’activité d’un système spécifique du cerveau, celui des endocannabinoïdes. Les endocannabinoïdes sont des molécules produites à partir des acides gras, régule notamment l’appétit, l’humeur, les émotions et les réactions au stress en activant le récepteur cannabinoïde CB1. Ce récepteur est d’ailleurs également la cible du THC contenu dans le cannabis. C’est cette baisse des endocannabinoïdes qui a causé les comportements dépressifs des souris transplantées.

Mais là où l’origine du mal est connue, les soins peuvent potentiellement restaurer la santé. Chez ces souris transplantées, le blocage des protéines dégradant les endocannabinoïdes ou l’augmentation d’apport en acide arachidonique, qui sert de base à leur production, ont permis d’atténuer les comportements dépressifs des souris. La preuve est donc faite que c’est par les endocanabinoïdes que le changement de microbiote a causé le trouble de l’humeur. « Cette découverte démontre comment le microbiote intestinal contribue au fonctionnement normal du cerveau » remarque dans un communiqué Gérard Eberl, co-dernier auteur de l’étude.

Des bactéries ayant un potentiel « psychobiotique »

Mais au milieu de ces millions de bactéries, lesquelles sont responsables de ce bouleversement ? En analysant le microbiote des souris dépressives, les scientifiques observent une diminution de la quantité de Lactobacilles, une famille de bactéries. Mieux : en rétablissant la quantité de lactobacilles par des probiotiques, ils restaurent les niveaux d’endocannabinoïdes, atténuant le comportement dépressif. Des résultats qui font écho à de précédentes études, selon lesquelles « l’intervention probiotique influence le comportement émotionnel dans les modèles animaux de dépression et améliore l’humeur des patients dépressifs« , rapportent les auteurs, « bien que l’efficacité relative des probiotiques par rapport aux antidépresseurs soit encore sujette à débat ». Des probiotiques judicieusement choisis pourraient donc agir comme antidépresseurs, les qualifiant pour l’appellation « psychobiotiques ».

Il reste encore à comprendre comment le stress chronique induit une dysbiose (déséquilibre du microbiote) intestinale. Pour les chercheurs, il pourrait s’agir de modifications subtiles des équilibres physiologiques dans les intestins favorisant des bactéries plus que d’autres ou d’altérations des systèmes nerveux et immunitaire digestifs.