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Coronavirus : partage de l’article du Figaro sur comment bien se disputer pendant le confinement

De l’art de bien se disputer en famille pendant le confinement

PSYCHOLOGIE – Mieux vaut souvent une franche bataille qu’une guerre larvée.

Par Aurore Aimelet
Confinés, mieux vaut oublier la complaisance, tomber quelques masques, exprimer ce qui ne va pas.
Confinés, mieux vaut oublier la complaisance, tomber quelques masques, exprimer ce qui ne va pas. 220315034/Rawpixel.com – stock.adobe.com

Pour mettre fin à la troisième prise de bec du jour avec sa progéniture, mamie ou le voisin, plus question d’aller prendre l’air sans avoir en poche son attestation… et une bonne raison de sortir! Et ce pour le pire, mais aussi le meilleur. Car mieux vaut un conflit ouvert qu’un conflit latent. Depuis le berceau, on nous enseigne que la bagarre est un obstacle à la vie en commun, que tolérance et négociation sont synonymes de paix sociale. «Mais se précipiter pour empêcher toute manifestation agressive révèle surtout que le conflit est quelque chose qui fait peur», nuance la psychosociologue Dominique Picard, coauteur de Conflits relationnels (Que sais-je?).

Le scrupule, avec tous les affects qui en découlent (rancœur, rancune, culpabilité, agressivité), s’avère «aussi néfaste que le conflit ouvert, et quelquefois pire car même si c’est dans l’affrontement, le conflit permet malgré tout d’identifier les problèmes et de les exprimer». Mieux vaut une franche bataille, où l’abcès est crevé une fois pour toutes, qu’une guerre larvée où l’hostilité est tacite mais permanente.

Osons donc la dispute pour déminer le terrain. Mais pas n’importe comment. Selon le thérapeute américain John Gottman, mieux vaut éviter ce qu’il appelle les «Quatre Cavaliers de l’Apocalypse». Mon premier est la critique, cette plainte qui attaque l’autre en forme de «tu ne fais jamais…»«comment oses-tu?». Mon deuxième est le mépris qui, peu importe sa forme (sarcasme, soupir, yeux au ciel…), rabaisse l’interlocuteur. Mon troisième est la contre-attaque: renverser la faute, quitte à nier sa propre responsabilité, quel bon moyen de se défendre! Mon quatrième et dernier est la dérobade, ce moment où chacun se met en retrait, fuit la discussion ; dans le silence, et menant, selon Gottman, à «une cascade de distance et d’isolement». Mon tout est une chevauchée mortifère (apocalyptique, on vous dit) pour le couple et, en ces temps de confinement, n’importe quel (très, trop) proche.

Pour une dispute réussie, ou tout au moins utile, mieux vaut avoir un plan comme celui de la Communication non violente, un processus élaboré par le psychologue américain Marshall B. Rosenberg. Destinée à établir des rapports bienveillants entre soi et les autres, elle tient en quatre lettres et autant d’étapes: faire une Observation («quand je t’entends dire ça…»), exprimer ses Sentiments («je me sens…») puis son Besoin (respect, liberté, écoute, soutien…) et enfin formuler une Demande négociable («serais-tu d’accord pour…?»).

Cet OSBD, pour les initiés, est une technique idéale pour une altercation respectueuse, sans jugement ni menace. Selon le psychothérapeute Thomas d’Ansembourg, qui la décrit dans son best-seller Cessez d’être gentil, soyez vrai (Éditions de l’Homme), «le non-respect de soi mène tôt ou tard au non-respect de l’autre».

Confinés, mieux vaut donc oublier la complaisance, tomber quelques masques, exprimer ce qui ne va pas. Tant pis si cela doit mener à un clash (non violent, évidemment). Cependant, chacun veillera à s’en tenir à soi, ses observations, ses sentiments, son besoin et sa demande, en laissant l’autre libre des siens. «Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous», écrivait déjà Epictète. C’est sans doute aujourd’hui l’occasion de faire l’expérience de ce fameux «lâcher prise», en renonçant à tout ce qu’on ne maîtrise pas. La colère du petit dernier, l’égoïsme de mamie, la radio du voisin. Et ce confinement sans fin qui, sourd à notre OSBD, semble s’en tenir aux Quatre Cavaliers de l’Apocalypse.